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Artys

Revue axée sur les Arts Plastiques

Publié par Stéphane Richard sur

Dans ce lieu atypique qu’est l’Atelier Expo situé près de l’ancien Palais de Justice, Alain Duchesne expose ses sculptures étranges à la fois fascinantes, inquiétantes, provocantes même, et d’une beauté formelle indéniable. Il s’approprie des objets manufacturés liés à l’artisanat tels que des haches, des marteaux, des tenailles ainsi qu’un clou géant (image de la démesure de l’homme devenu démiurge ?) et une très belle faux noire, symbole de la mort mais aussi archétype sexuel, féminin en l’occurrence, puisque l’on aperçoit, en s’approchant de celle-ci, une "touffe" d’épines noires ("de noir Jésus" aurait pu dire Léo Ferré), parfaite symbolisation de l’intrication sexe/(re)production/mort.

En détournant ces outils de leur fonction première et en les transformant en œuvres d’art grâce à ces épines magnifiques et énigmatiques de toutes les couleurs, l’artiste nous donne à réfléchir à notre action sur notre environnement, à ce que nous créons et détruisons et, en définitif, à ce que nous faisons subir aux autres et à nous-mêmes. Il ne s’agit pas ici d’un simple "jeu" visuel mais, bien au contraire, d’une critique radicale du monde que nous avons créé et qui déstabilise notre "je" quand nous comprenons à quel point nous sommes fragiles malgré nos savoir-faire et nos technologies et que ceux-ci, à tout moment, pourraient se retourner contre nous.

Ces objets nous racontent l’histoire de l’humanité depuis que l’homme, après avoir quitté son état de nomade et de cueilleur, s’est lancé dans cette quête digne des dieux qui consiste à maîtriser la nature, à la transformer à son seul et unique profit, à la piller, à la détruire et, en conséquence, à se détruire lui-même. Cependant, Alain Duchesne ne nous parle pas de la destruction physique de l’humanité mais de la déstructuration de la psyché humaine. En témoignent ces pots de confiture remplis eux aussi d’épines et sobrement renommés "Déconfiture de l’usure de soi", "Déconfiture des vieux savoirs", "Déconfiture de la conscience", "Déconfiture des brisures intimes" (parmi de nombreux autres). Pots de confiture détournés et imprégnés d’un féroce humour noir qui agit comme un miroir pour chacun d’entre nous et qui en dit long sur l’époque en pleine mutation que nous vivons et les valeurs qui furent nôtres des siècles durant et qui semblent disparaître pour laisser la place à cet inconnu qui engendre la peur et la violence. Peut-être bien d'ailleurs que les trois couronnes d’épines (rappelant par la force de l’image le Christ et la Sainte-Trinité) suspendues au-dessus du vide, seules, comme abandonnées, ne sont plus que le témoignage déjà lointain de ce monde ancien que nous sommes en train de quitter.

Esthétisation belle et cruelle de l’outil comme métaphore de notre affranchissement (illusoire) de la nature pour un nouvel asservissement qui semble nous libérer (vrai en partie) de notre condition première, Alain Duchesne nous montre que notre époque recèle en elle tous les possibles. Celui d’une réelle liberté dans un futur plus ou moins proche si nous savons faire preuve d’intelligence et nous libérer de nos peurs, ou celui d’une régression que l’on pressent actuellement avec le retour des obscurantismes et du veau d’or, et donc de la barbarie qui les accompagnent, barbarie qui sait se servir des outils les plus performants pour asservir les corps et les esprits.

Stéphane Richard

Alain Duchesne
Alain Duchesne
Alain Duchesne
Alain Duchesne
Alain Duchesne
Alain Duchesne
Alain Duchesne
Alain Duchesne
Alain Duchesne

Atelier Expo. 14 rue Joseph-Caillé. Nantes.

Du mercredi 26 juin au samedi 6 juillet 2013.

Ouvert tous les jours de 11h00 à 13h30 et de 14h30 à 19h00.

Publié par Stéphane Richard sur

Pierre Sgamma nous propose un ensemble de sculptures en céramique « Raku » (ce qui signifie « plaisir » ou « jouissance spirituelle ») pour le moins éclectiques au sein duquel de magnifiques chevaux avec ou sans cavalier côtoient des entités à la limite de l’humain et où des signes religieux et des crânes semblent se disputer la primauté dans une scénographie bouillonnante de vie et protéiforme et où les contes de notre enfance surgissent (voir la cosmonaute rouge et le grand méchant loup) de façon inattendue.

L’univers singulier et mystérieux de Pierre Sgamma est un monde où le réel et l’imaginaire s’affrontent dans un combat épique quelque peu chaotique et où le paganisme et les anciennes croyances s’en donnent à cœur joie. L’être humain, l’animal, la vie, le sexe, la mort et la religion se chahutent et s’entremêlent dans une fantaisie joyeuse et nous plongent dans une atmosphère surréaliste imprégnée d’humour (noir parfois). Ses sculptures, porteuses et révélatrices d’émotions troubles nous renvoient à nos propres rêves, peurs et autres fantasmes plus ou moins enfouis et font office de maïeutique de ce qu’il y a de plus intime en nous.

Stéphane Richard

Pierre Sgamma
Pierre Sgamma
Pierre Sgamma
Pierre Sgamma
Pierre Sgamma
Pierre Sgamma
Pierre Sgamma
Pierre Sgamma

Galerie Loïc Vallée. 12 rue Jean-Jaurès. Nantes.

Du mardi 18 juin au samedi 20 juillet 2013.

Du mardi au vendredi de 10h30 à 13h00 et de 15h30 à 19h00.

Le samedi de 11h00 à 18h30.

Publié par Stéphane Richard sur

Dernier né des lieux d’exposition nantais, l’atelier galerie de Violaine Dejoie-Robin a ouvert ses portes au public le 18 mai dernier lors de l’événement « L’Art prend l’air ». Ancienne tannerie fondée en 1823, l’architecte Pierre Champenois a réussi le tour de force de faire de ce lieu de deux cents mètres carrés un magnifique écrin dédié à l’art en alliant la modernité des matériaux utilisés et un éclairage très performant au souvenir de ce que fut ce bâtiment en conservant des poutres et des piliers de pierres originels.

Violaine Dejoie-Robin se souvient avoir vu, à l’âge de douze ans, la reproduction d’une peinture de Picasso représentant une bougie allumée dans un bougeoir. Ce tableau provoque chez elle l’envie irrépressible de peindre. A l’âge de quatorze ans, elle s’inscrit à l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes en tant qu’auditrice libre et fréquente, outre le jeudi (jour de congé pour les scolaires de l’époque) tous les cours du soir qui lui sont accessibles. Baty, l’un de ses professeurs de dessin et de peinture la prend sous son aile et l’encourage à persévérer. A dix-sept ans, elle quitte les Beaux-Arts et continue à peindre jusqu’à l’âge de vingt ans.

En 1970, à dix-huit ans, elle part vivre dans la presqu’île guérandaise puis en Dordogne avant d’emménager à Paris en 1981. Elle travaille comme assistante de réalisation pendant huit ans (1981-1988) aux côtés de Serge Lemkine. Elle devient réalisatrice et part s’installer à Rennes en 1989 où elle réalise de nombreux documentaires pour la télévision (France 2, France 3, Histoire, Odyssée…). Elle quitte Rennes en 1999 et s’installe dans une forêt près de Pont-Aven. Elle reviendra vivre à Nantes en 2010.

En 1989, elle se remet à peindre. Elle fait cinquante portraits de ses amis en moins de six mois, puis elle s’inspire des paysages de films russes et s’essaye au monochrome. En 2007, alors qu’elle se promène le long de l’Aven, un déclic se produit et elle voit se dérouler devant elle cette rivière en une série de tableaux. A ce jour, elle a peint vingt-trois tableaux (pour une longueur totale de trente-trois mètres) montrant la rivière dans sa continuité, comme un immense travelling. Ils nous plongent dans les forces originelles des éléments naturels et les tourbillons de l’eau vive et de ses reflets. Des tableaux réalistes qui frôlent l’abstraction pour certains d’entre eux et nous mène dans un monde onirique à la fois sombre et lumineux. Vous pouvez voir ces tableaux (portraits et rivière), et quelques autres, ainsi que des photographies représentant des « voiles » prises dans le vent, véritables sculptures éphémères photographiées, au sein de ce très beau lieu accueillant et imprégné de bonnes vibrations.

Depuis 2009, parallèlement à son travail de peintre, elle a mis au point une nouvelle technique ingénieuse qui consiste à créer des « tapisseries » de très grand format (d’après ses photographies) avec de la toile de cerf-volant fixée à la main sur du filet de pêche. Suite à l’exposition en plein air de ses « tapisseries » qui a eu lieu l’année dernière (de mai à octobre) au parc de Procé pour fêter le centenaire de celui-ci et qui a vu défiler vingt-cinq mille personnes lors du week-end d’inauguration, l’artiste exposera cinq « tapisseries » (des portraits) au sein de l’Orangerie du site des Renaudières à Carquefou. A noter que onze autres artistes participeront à cette exposition collective de grande ampleur.

Stéphane Richard

Violaine Dejoie-Robin
Violaine Dejoie-Robin
Violaine Dejoie-Robin
Violaine Dejoie-Robin
Violaine Dejoie-Robin
Violaine Dejoie-Robin
Violaine Dejoie-Robin
Violaine Dejoie-Robin

. Atelier Galerie de Violaine Dejoie-Robin.

37 quai de Versailles. Nantes.

Prendre à gauche Impasse des Clémentines puis au fond de l'impasse à gauche.

Ouvert tout l'été.

L'artiste étant souvent là mais à des horaires différents selon les jours, n'hésitez pas à l'appeler avant de passer (06 64 95 86 26).

. Site des Renaudières. Carquefou.

Début du parcours au rond-point de la Fleuriaye. Exposition collective.

Ouvert tous les jours. Du samedi 15 juin au dimanche 29 septembre 2013.

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Rédigé par Stéphane Richard

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